La Table de Frank, Steinfort (Grand-Duché de Luxembourg)

Encore une fois, je me retrouve en pays étranger avec la sempiternelle question : mais où vais-je manger (moins mais mieux) ? Le restaurant de l’hôtel où je loge, qui semble être une référence dans la région, est malheureusement fermé ce soir. L’hôtelière me renseigne le chinois du coin (qui est vraiment au coin de la rue), ainsi que « chez Frank » un peu plus loin à Steinfort. Allons-y pour « chez Frank » qui se prénomme en fait « La Table de Frank« . L’accueil est chaleureux et bienveillant, et je devine sur le champ que le contenu de la carte est le fruit de choix cohérents et de qualité.

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La carte des vins fourmille de vins luxembourgeois, or je me rappelle des dégustations assez épiques il y a une dizaine d’années. Je suis à la fois circonspect, mais également curieux. Et ce qui ne gâche rien, il est possible de commander au verre à un prix tout à fait raisonnable.

Je commence donc par un Saumon « Gravlax ». Pour être précis, un « filet de saumon d’Ecosse Label Rouge, salé au sel de Guérande, à la Vodka sur un lit de betterave rouge et d’aneth, accompagné de sa sauce Gravlax, d’un coulis de fenouil anisé et de pickles de concombre ». Arrosé d’un verre de Riesling Hëtt de D. Stronck-Pinnel (luxembourgeois donc) avec énormément de caractère, une matière consistante et légèrement corsée et des sensations de gras et de rondeur que n’aurait pas renié un Bourgogne du sud.

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Ensuite un vitello tonnato. Je rappelle qu’il s’agit de fines tranches de rôti de veau accommodées d’une sauce légère au thon, anchois, jus de rôti et quelques feuilles de roquette. Le tout accompagné d’un verre de Chablis 1er cru Fourchaume 2012 de D. S. Christophe.

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L’assiette est bien fournie, les saveurs contrastées au rendez-vous, la viande est fine (dans tous les sens du terme), on devine un respect des matières premières.  Accord parfait avec le Chablis conseillé par la maison.

Et pour terminer, une crème brûlée « fruits rouges ». La crème arrive avec quelques fruits des bois délicatement posés sur la surface ravinée du dessert. Mouais, légère déception. Je plonge la cuillère et là, surprise, la crème est teintée de couleur « fruits des bois tendance myrtilles » : en bouche, les arômes abondent et je change complètement d’avis. C’était véritablement délicat même si un peu surprenant point de vue couleur. Le vin d’accompagnement était un Pacherenc du Vic Bilh Saint Albert 2012, suffisamment sucré pour équilibrer ce dessert.

Une excellente adresse à retenir : La Table de Frank, route d’Arlon 10 à 8410 Steinfort (http://www.latabledefrank.lu).

Comment sortir du couple maudit « foie gras – Sauternes » ?

Voilà une question existentielle qui relègue d’un coup le Big-Bang au rang de préoccupation matérielle et inintéressante … Mais la question est d’importance, vu la proportion de graisse du foie en question. Il est temps de trouver des alternatives saines et appétissantes à ce couple maudit.

Figurez-vous que Sweet Bordeaux s’est également posé la question : cette « Union des Grands Vins Liquoreux de Bordeaux » (ils ne sont pas tous grands …) a posé le constat que les moelleux étaient en perte de vitesse, entre autre parce qu’on les associe au foie gras, et que ce dernier n’est grosso-modo consommé qu’en décembre. Je fus leur hôte, le temps d’un dîner au Cercle Gaulois de Bruxelles, attablé devant des associations, parfois surprenantes, de plats et de vins moelleux.

Je ne vais pas toutes les décrire, certaines étaient simplement correctes, et je pense que mon penchant naturel pour les moelleux ont légèrement biaisé mon jugement. Par contre, les deux associations suivantes ont été unanimement plébiscitées.

Thon mi-cuit aux graines de sésame, accompagné d’un Château Villefranche 2013 (Graves Supérieures).

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L’association était très intéressante de par la fraîcheur du vin (en général, Graves Supérieures est moins riche en sucres résiduels que Sauternes) et les arômes des graines de sésame. Bien sûr, c’est atypique, mais ce fut une belle découverte en termes de texture et de richesse gustative.

Moules au curry vert, cornet de frites, accompagné d’un Château Pick-Laborde 2011 (Sauternes).

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Passons tout de suite sur les frites : délicieuses, mais anecdotiques dans ce plat, je les ai mangées après avoir vidé verre et assiette. L’essentiel se trouvait dans le mariage fougueux entre les épices du plat et la richesse aromatique du vin. L’effet était sidérant : les moules, le curry vert et ce Pick-Laborde structuré et équilibré, que du beau monde dans une association complètement bluffante. J’en rêve encore …

Les petites pépites de la foire aux vins Delhaize

Difficile de faire un choix devant les propositions des grandes surfaces en cette saison de foires aux vins. J’ai eu l’occasion de déguster quelques flacons chez Delhaize. Voici ma sélection parmi quelques nouveautés de cet automne 2015 :

  • tout d’abord le Torrontes-Chardonnay de People’s Wines à 3,99€. Le cépage Torrontes, spécialité argentine, est un de mes préférés. Je l’ai bien connu au début des années 2000, et ensuite, très bizarrement, il a disparu de la circulation ici en Belgique. Le responsable des vins chez Delhaize m’a confirmé ce fait, et l’explique de cette façon : le Torrontes seul est très aromatique, mais la sensation en bouche déçoit car on s’attend à quelque chose de plus rond. Pour atténuer ce « défaut », le producteur a ajouté du Chardonnay. Le résultat est convaincant (voir le test de ce vin sur plaisirduvin.be). Qui plus est, à 3,99€ durant cette foire aux vins, le rapport qualité/prix est d’enfer.
  • ensuite le Mibal, vin espagnol de la région « Ribera del Duero » : vin fruité et équilibré, avec une belle persistance en bouche. A 5,59€ la bouteille, c’est également un excellent rapport qualité/prix (voir le test de ce vin sur plaisirduvin.be).

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  • autre pépite, le Côte de Brouilly du domaine Manigand : un vin « waouh », au nez de sureau et de fruits noirs, et une finale au top. Il y a de la matière, c’est terriblement appétissant, et ce au prix de 6,79€ durant cette foire aux vins. Que demander de plus ?

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  • enfin, on parle souvent dans les médias des Champagnes, et particulièrement des bouteilles défendues par les grandes surfaces vs le petit producteur chez qui le Belge part en expédition chercher sa réserve annuelle de bulles. A priori, je ne suis pas très « grande surface » pour ce type d’achat, surtout pour un blanc de blancs millésimé 2005 ! Et bien j’ai été bluffé par le Duval-Leroy millésimé 2005 : ce vin possède un nez fin, avec une belle expression du Chardonnay, et une bouche équilibrée avec une très belle matière à se mettre sous la dent. C’est très réussi, et cela vaut largement 20,29€ (au lieu de 28,99€ habituellement), prix valable durant cette foire aux vins (voir le test de ce vin sur plaisirduvin.be).

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Da Alighiero à Anghiari

Tout d’abord, il me faut situer Anghiari, on n’y passe pas tous les jours, surtout si vous me lisez en français. Vu le nom du patelin, on devine qu’il s’agit de l’Italie, et plus particulièrement de la Toscane. Mes derniers voyages dans cette région m’ont appris que la Toscane était assez étendue, et on n’imagine pas nécessairement qu’elle coupe pratiquement l’Italie en deux, des mers de Ligurie et Tyrrhénienne à gauche, à la mer Adriatique à droite (la Toscane en est éloignée d’une cinquantaine de kilomètres). Je présume que vous situez correctement Florence (vers le Nord) et Sienne (au centre) ? A mi-distance de ces deux villes, vous prenez à droite, pratiquement jusqu’à la frontière de l’Ombrie : vous tombez sur Arezzo (magnifique !), et ensuite, via quelques reliefs culminant à 1000 mètres d’altitude, vous atteignez sans encombres Anghiari.

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Appréciez déjà la vue, en vrai c’est encore plus saisissant.

Bref, lors des dernières vacances, nous avons eu la chance de choisir un peu par hasard (à moins que le nombre d’autocollants Michelin en vitrine ne m’ait quelque peu influencé) un restaurant qui nous a enchantés : Da Alighiero. Avant même de lire la carte, mon œil œnophile a remarqué des dizaines (si pas des centaines) de bouteilles de Sassicaia ouvertes  avec soin, et couvrant, tels des trophées de chasse, les murs du restaurant. Derrière moi, dans une vitrine sécurisée, une caisse en bois, scellée, contenant au minimum un magnum de Sassicaia.

Oufti : on s’assied, on se calme, et on espère que la carte des vins restera raisonnable en terme de prix.

La carte des mets est déjà alléchante, et à un prix hyper-sympathique : c’est l’occasion ici de redire tout le bien que je pense de l’Italie, de ses restaurants et de son accueil ! Et je confirme en vous disant que la carte des vins était elle aussi tout à fait alléchante. Connaissant les goûts de mon épouse, j’ai choisi un Amarone 2007 de chez Speri, à 30 € la demi-bouteille. Le service du vin fut parfait : bouchon, aération, verres, service. Nous avons dû freiner des quatre fers pour ne pas vider la bouteille aussi sec, et apprécier patiemment les différents accords mets-vin des antipasti aux contorni.

Total de la note (vin, eau, antipasti, primi, secondi, contorni et dessert) : 115€. Tout est dit.

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